Illustration — Pêche durable : comprendre les enjeux et agir au quotidien
Pêche & Environnement

Pêche durable : comprendre les enjeux et agir au quotidien

Marine Leblanc · · 5 min de lecture

La pêche durable vise à prélever des ressources marines sans compromettre la capacité des stocks à se renouveler. Le constat est clair : 35,4 % des stocks mondiaux sont surexploités selon le dernier rapport de la FAO (2024). En Méditerranée, ce taux grimpe à 58 %. Mais des progrès existent — en Atlantique Nord-Est, les stocks gérés par l’UE montrent une amélioration de 20 % depuis 2010.

L’état des stocks en 2026

Les chiffres qui comptent

Indicateur Valeur Source
Stocks mondiaux surexploités 35,4 % FAO, SOFIA 2024
Stocks Méditerranée surexploités 58 % CGPM 2024
Stocks UE en bon état 60 % (vs 43 % en 2010) Commission européenne, 2025
Pêche illicite mondiale 11-26 millions de tonnes/an Interpol / FAO
Emplois directs pêche en France 18 400 marins-pêcheurs FranceAgriMer 2025

Quatre causes de la surpêche

  • Surcapacité de la flotte — Plus de bateaux que les stocks ne peuvent supporter. La flotte mondiale a doublé entre 1970 et 2020
  • Subventions perverses — 22 milliards de dollars/an de subventions maintiennent des flottes non rentables en activité (source : WTO, 2022)
  • Pêche illicite (INN) — Estimée à 20 % des captures mondiales. L’absence de surveillance dans certaines zones encourage le pillage
  • Captures accessoires — Des espèces non ciblées (dauphins, tortues, requins) piégées dans les filets. Environ 10 % des captures totales sont rejetées mortes

Les techniques de pêche et leur impact

La méthode de capture compte autant que l’espèce pêchée. Un bar pêché à la ligne n’a pas le même impact qu’un bar capturé au chalut de fond.

Techniques à faible impact

Technique Principe Impact environnemental Exemples de produits
Ligne et hameçon Prise individuelle, sélective Minimal — zéro prise accessoire Bar de ligne, thon de ligne
Casier Piège passif, prises relâchables Faible — non-cibles relâchées vivantes Homard, langoustines, tourteau
Pêche à pied Ramassage manuel à marée basse Très faible si réglementé Palourdes, coques, bigorneaux

Techniques à surveiller

Technique Principe Impact environnemental Problème principal
Chalut de fond Filet traîné sur le fond marin Fort — destruction des habitats benthiques Rase le fond sur des kilomètres
Drague Raclage mécanique des fonds Fort — impact sur les nurseries Perturbe les zones de reproduction
Senne tournante Encerclement d’un banc entier Variable — dépend de l’espèce ciblée Peut capturer des juvéniles en masse

Le filet maillant se situe entre les deux : sélectif par taille de maille, mais des captures accessoires restent possibles (oiseaux marins, mammifères).

Les labels de pêche responsable

Quatre labels permettent d’identifier les produits issus de filières contrôlées. Notre guide complet des labels et certifications détaille chaque référentiel.

Label Type Ce qu’il garantit Produits couverts
MSC Pêche sauvage Stocks durables, impact minimisé, gestion rigoureuse Colin, hareng, langoustines certifiées
ASC Aquaculture Impact environnemental limité, bien-être animal Saumon, crevettes, moules d’élevage
Label Rouge Qualité France Qualité gustative supérieure, cahier des charges strict Saumon, crevettes Madagascar, bar de ligne
Pavillon France Origine France Pêche sous pavillon français, traçabilité bateau-étal Tous produits débarqués en France

Le MSC est le label le plus exigeant sur le plan environnemental. Sa limite : le coût de certification exclut parfois les petites pêcheries artisanales qui pratiquent pourtant une pêche exemplaire.

Consommer responsable au quotidien

Les espèces à privilégier

Espèce Pourquoi la choisir Technique de pêche recommandée
Maquereau Stock en bon état (Atlantique NE), riche en oméga-3 Ligne, senne
Sardine Abondante, cycle de reproduction rapide Bolinche (filet tournant)
Moules Élevage extensif, filtre l’eau de mer, zéro apport alimentaire Bouchot, corde
Huîtres Culture bénéfique pour l’écosystème, aucun intrant Poches, tables
Lieu noir Alternative durable au cabillaud, stock en bon état Chalut pélagique, ligne

Les espèces à limiter

  • Thon rouge de Méditerranée — Stock fragile malgré les quotas. Privilégier le thon blanc germon (Atlantique)
  • Anguille — Classée en danger critique (liste rouge UICN). Éviter systématiquement
  • Requin — Croissance très lente (maturité à 10-20 ans), populations en déclin de 70 % en 50 ans
  • Espadon de Méditerranée — Stock surexploité. L’espadon d’Atlantique est en meilleur état

Respecter le calendrier de pêche

Acheter hors saison de reproduction laisse aux stocks le temps de se régénérer.

Espèce Saison d’achat Période à éviter (reproduction)
Coquilles Saint-Jacques Octobre à mai Juin à septembre (interdit en France)
Bar Avril à décembre Janvier à mars (frai hivernal)
Langoustines Mars à novembre Décembre à février
Moules de bouchot Juin à février Mars à mai
Homard breton Mai à septembre Octobre à décembre (femelles grainées)

Les bonnes questions au poissonnier

Quatre questions suffisent pour évaluer la traçabilité d’un produit :

  1. D’où vient ce produit ? (zone FAO précise, pas “Atlantique”)
  2. Comment a-t-il été pêché ? (technique de capture)
  3. Sauvage ou élevage ? (et quel type d’élevage)
  4. Quand a-t-il été pêché ? (date de capture ou de débarquement)

Un poissonnier qui ne peut répondre à ces questions ne maîtrise pas sa chaîne d’approvisionnement. Les marchés côtiers offrent la meilleure traçabilité — découvrez les plus beaux marchés aux poissons du littoral.

L’aquaculture responsable : partie de la solution

L’aquaculture représente 50 % de la consommation mondiale de produits marins. Son impact dépend entièrement du modèle.

Modèles vertueux

  • Conchyliculture (huîtres, moules) — Aucun apport alimentaire externe, filtration de l’eau. 1 huître filtre 5 litres d’eau par heure
  • Algoculture — Culture d’algues marines, captation de CO2, aucun intrant chimique
  • Élevage extensif — Faible densité, alimentation naturelle, impact limité

Points de vigilance

  • Élevage intensif de saumon — Densité excessive (jusqu’à 25 kg/m³), antibiotiques, pollution locale par les déjections
  • Crevetticulture tropicale — Destruction de mangroves pour installer les bassins. 40 % des mangroves mondiales ont disparu, en partie à cause de l’aquaculture (source : UNEP)
  • Farine de poisson — Certains élevages consomment plus de poissons sauvages (sous forme de farine) qu’ils n’en produisent

Consommer des fruits de mer responsables demande 5 minutes d’attention au moment de l’achat. Vérifier l’origine, la technique et le label suffit à orienter vos euros vers les bonnes filières. Pour compléter votre démarche, découvrez les bienfaits nutritionnels des fruits de mer — une raison de plus d’en consommer régulièrement et intelligemment.